mardi 23 mai 2017

tout ce que j'embrasse je l'embrasse comme ça, le sors de ma mémoire


 je n'ai pas le compas
  d'établir une circonférence, ma frontière est poreuse
  ma mère n'est pas porteuse, la fourmi point prêteuse - ne fus-je donc appelé qu'en tant que témoin?
  et d'où vient notre crime, que nous voulions mourir...?


  nous nous réveillerons demain, la gueule de bois, le cercueil en transit
  la dalle est de béton
  tranquilles travaillant, ou chômant, le croissant nous restant
  en travers de la gorge


  les morts sont dans la nature comme chez eux, mais moi je m'y sens mal
  en abstraction lyrique, en ciel à la lucarne, je n'aspire pas au bonheur - 
  rien qu'à ce vent soufflant si haut,   si haut par-delà les avions


  abolir la propriété ne suffit pas, la funeste illusion d'un sécurité rentière
  abolir tout, tout abolir: simplement en ne bâtissant rien
  laissant l'esprit croître hors les murs, l'esprit nu, la mort en coït de dieu
  ma chandelle est morte - quel feu s'en soucie?


  est-ce vraiment par amour de l'éternel que je roule ainsi du versant mort, giratoires catacombes?
  je ne t'accuse de rien, petit bonhomme - avec inconsistance pour unique voix de salut
  l'insouciance nous délivrera t-elle
  de l'acharnement des teignes? 

...

dimanche 21 mai 2017

ma naissance à vil prix

  j'avance à travers champs
  comme ça, par amour de la boue sans doute
  par l'inavouable goût de la flétrissure dont est imprégné l'homme
  ou la femme, sa forme subliminale, par forcément plus stable
  et qui se dit où moi je vis
  n'en vivra pas d'autre ou seulement
  sur mon dos


  je ne ferais pas de mal à un pou certes, mais aucune grandeur à cela depuis que je me rase la tête, alouette...
  tout le corps empalé sur son propre fémur - y a pas que la soupasse de bonne dans cette écuelle, y a aussi la fausse arrogance de quémander envers et contre
  toute l'humiliante sollicitude
  de l'aumône


  je ne jouis pas: j'ai peur de perdre ma patrie, de laisser échapper un bref et odieux juron,
  de malencontreusement parier sur le mauvais cheval, le canasson rachitique et pourri qui a perdu jusqu'à la dignité
  de dissimuler sa déchéance sous quelque grotesque affabulation
  et le voici crevant tant de dépit que de soif c'est tout, croulant sous leurs épluchures de graines de tournesol, leurs rognures
  de blettes évidences...


  ta mère la mort
  et puis on s'insinue en douce et malgré tout, jusqu'à trouver cela joli et pourquoi pas charmant
  charmant ta face de pute, ton petit orgueil défait, la main qui jamais ne daigna se poser sur ton front et pourtant,
  pourtant l'instinct si clair, l'humeur imprévoyante et qui sait... le destin qui répare tout ce qu'il a détruit
  juste en y repassant, en soufflant par-dessus, juste en
  se déminant la queue...

vendredi 19 mai 2017

le chant de l'oiseau mil

  trait de désunion entre l'ici et l'au-delà, cercle rompu où la figure se blesse: un homme, un homme seulement
  errant dans l'espace vain


  c'est une raison
  de vivre et cela me ressemble, abracadabra le verre
  se désemplit, écartelé sur sa fracture tandis que le jour
  s'augmente de la pensée qui s'en soucie
  d'ailleurs il tombe
  je crois je l'accompagne...


  mes mains
  pleines de choses qui n'existent pas, de présents qui ne s'offrent pas,
  de silences périmés mes mains
  pleines de doigts croisés, de pouces élimés, de lignes défaites ou de fuite mes mains
  débordant de caresses grinçantes, d'orgasmes soupirants,
  d'une sûre pulsion de mort mes mains pleines
  de mains vides, et s'agrippant au vide...


  je sais ils n'en ont pas l'air et pourtant ce ne sont
  que de petits billets doux déposés dans les canaux
  du grand réseau fictif et par eux acheminés
  jusqu'au vide sidéral où ils finiront un jour, je l'espère,
  par croiser le regard sans opprobre ni reproche
  de l'éternité, la belle immaculée...


  j'aurais pu me contenter, bien-sûr, de fermer les yeux
  et sur les yeux fermés de refermer les yeux, afin d'aboutir, instantanément,
  au terme ainsi qu'à l'origine de tout(e) geste
  si seulement j'avais eu les yeux de les fermer, et pour toute voix le grain
  éraillé du silence

  ainsi me voici donc
  maître d'un jeu sans règle
  mat au premier quart de tour...

le chant de l'oiseau mil

mercredi 17 mai 2017

en berne...

  vivre
  ne servait à rien, enfin je veux dire, que vivre
  ne servait qu'à survivre 
  c'était donc peu
  soit énormément peu


  je n'ai plus de subconscient - qu'un vaste
  cimetière militaire fleurissant la plaine de 
  mille croix synonymes...


  on a du mal à vivre, on se traîne sur le ventre, on se couche sur le dos
  on traite le mauvais temps de mauvais temps, on en rajoute: et pas
  une seule goutte - c'est la misère
  totale...


  ça se cultive, mourir
   : on creuse un trou en soi, on s'y enfonce, on se vomit dans le trou en soi jusqu'à
  ce que plus rien de soi ne sorte ni ne dépasse, jusqu'à
  être soi-même entièrement devenu
  le trou en soi, espace libre
  et souffrant


  l'espace là, entier
  ou bien rester assis, se lever, se dégourdir
  les jambes, l'esprit, se soulager d'une angoisse subite, sexe au poing 
  le souvenir vaincu, le revenir perdu...

mardi 16 mai 2017

mais qui la roue commande / sait bien qu'il n'en est rien


  preuve incontestable de dieu: son absence
  en tout présente, en moi si abondante
  qu'en pensée m'y projetant je touche là
  à ma propre inconception...


  mon obsolescence programmée me laisse
  entrevoir une unité plus vaste, confondant en soi la multiplicité du réel à mon
  ou son
  rêve prémonitoire


  j'attire les mouches, les mouches à moi alors elles tombent
  à mon contact.
  un minuscule berceau ai-je ainsi confectionné
  à leur rêve béant, leur outrance amoureuse - j'attire les mouches,
  morne attraction...


  le poème-volant, s'inscrivant
  sur une page du néant en ressuscite les morts, les mots
  nus sous l'écorce, les visages arrachés à la peur
  de ne s'y reconnaître, comme c'est touchant...


  jonglant avec
  ses propres os, urinant
  en son propre vertige, le sommet le plus haut, contigu
  à la chute sans fond, venimeuse, ensorceleuse, passe
  et n'en revient pas

mais qui la roue commande / sait bien qu'il n'en est rien

dimanche 14 mai 2017

guère qu'on y touche


  je ne sais plus qui
  navigue entre ces portes.
  tout embué de sommeil, effleurai-je le rêve
  de toi certainement
  autre part, autrement...
  la chambre descendue d'un étage, le perron
  hors ce mur, qui saigne à basse voix -
  c'est vraiment désespérant, ne pas se
  reconnaître, la ride débonnaire...
  


  les nuit sont encore froides, un sommeil de retard.
  machinalement je serre
  contre moi ce manque, très profond
  je confonds tout je balbutie
  à flots couverts - 
  j'aurais du dormir nu...


  une longue machine, la pluie dans un mouchoir
  une façon, un peu bizarre
  de dire bonsoir en se quittant
  la tête découverte, ainsi que l'en-dedans
  traînant la queue tirant la patte, la gueule au bord des larmes, gelées
  d'on ne sait quelle affliction, inventée probablement
  de toutes pièces, afin d'en
  réamorcer l'usure


  j'ai mal au mort, d'un côté
  de l'autre c'est le deuil, en marche
  vers un soleil fantoche, une manière de n'être
  rien de plus, et même un peu moins - 
  je t'écoutais ne pas
  en toucher mot, je t'effaçais avec les mains
  avec les mains je t'effaçais, c'est comme ça évidemment
  que j'ai du disparaître...


  il y a un mot, déposé
  dans la boîte à lettres
  il ne vient de personne, il ne vient de nulle part
  on ne l'ouvre pas bien entendu - il attend
  le jour, et le jour
  se fait attendre, le jour se fait attendre
  bien entendu... 

vendredi 12 mai 2017

tellement ancré dans le vide qu'on en oublie de tomber


  je suis dégringolé
  du haut du plus bas escalier et debout sur un pied - je me suis envolé
  j'avais une pierre pour frère, une aile en libre chute - je tremblais en lisière...


  oh dieu mon p'tit copain, pour dieu mon p'tit copain, on ira dès demain
  un petit coup encore, rien qu'un petit, un tout petit encore oh dieu mon p'tit copain
  sur l'bas-côté d'la route


  j'aime pas dire: manger deep on y va, alors qu'on a toujours eu faim, qu'on se rongeait les ongles, qu'on s'essorait les foies
  j'aime pas dire: allez hop on y va - c'est fini on n'y
  reviendra pas


  j'ai la mémoire valide, putain collatérale, furieusement enracinée dans la vase en suspens, dans la terreur de vivre j'ai la mémoire féconde - tous les jours elle accouche
  de toi fondamentale, la source au coude à coude


  ai-je su m'émanciper
  de toute interprétation, m'en tenir à l'oreille
  définitive et inavouable, pleine de crottin et résonnant
  du chant des anges, ces monstres en liberté, ces orgasmes au lance-pierre...


tellement ancré dans le vide qu'on en oublie de tomber

mercredi 10 mai 2017

Mallory loin d'chez soi

  j'ai pensé à toi, souvent, en me retenant
  les fers aux pieds le mors aux dents, j'allais, hargneux, trépignant d'impiété
  de gobe-la-mouche à mouche-ton-zob, tout un pays s'enflamme...


  immortelles, venimeuses, suicide oh très somptueux suicide, je suis vivant!
  même quand je suis mort je suis vivant, du fond d'la tombe je suis vivant, respirant par tous les pores
  de nos fébriles vacuités, bandant partout bandant de tout, bandant surtout exécutant
  le pas de l'Enchanté


  et j'ai si peur de vous. du reste ça va j'assume mais de vous, de vous m'en pendent les couilles
  petit brin de muguet, petit brin de causette par-dessus le muret, petit brin d'homicide
  le ciel s'est couvert, il me faut mon bifteck d'essentielle cruauté il me faut pardonner
  jusqu'à mon infamie, anodine entre toutes


  j'aimais ta ch'mise, j'aimais ton pull aussi
  j'aimais ta peau, ton odeur de roseau, de moisi et de chatte, j'étais accroc j'aimais ta chatte aussi, et les dévastations, la terreur que je
  n'ai su y semer d'ailleurs, tirant en l'air mes salves, mes sanglots intérieurs


  sanguinolentes noces, nos petits frères crachant
  le sang de leur nombril, j'accepte ton pardon mais ton pardon m'ennuie, des oreilles me poussent
  vers un plus bel oubli, un pubis de sable - un gros cafard d'ennui...