samedi 23 septembre 2017

chignon nomade

  à la gloire
  de rester comme ci, comme ça, ouvert
  sur le vide, le pauvre
  vide de soi
  et d'écarter les jambes, un peu
  quand le train passe dessous


  je me suis, c'est bizarre
  déconnecté de mon destin, déconnecté
  de ma personnalité, je voudrais dire quelque chose mais
  il manque un toi, du bout des seins
  il manque une croix
  sur notre tombe houleuse


  je retourne chez moi j'imagine
  que je retourne chez moi - évidemment il ne s'agit
  que d'élucubrations: sans cela comment
  serais-je jamais parti
  d'où que ce soit, pour où que ce soit, arrivant nulle
  part à l'heure pile, au lieu fixe, quels qu'ils soient


  je rentre chez soi. il n'y a jamais personne, chez soi
  pas même moi
  un créneau de cinq à sept, une tasse d'univers
  je pense à quelqu'un qui ne pense pas à moi
  c'est tout ce que j'ai pour être là: une pensée
  à vide


  être mort ne résout pas la question de la présence.
  s'étiolent les fidélités.
  je ne pénètre plus ma blessure - tant saigner
  ne sert à rien


  les corps en partance
  s'agglutinent dans leur bouche or leur bouche
  erre sans baiser, branle sans conviction, leurs lèvres
  ne frémissent.
  les hommes quant à eux
  n'existent pas. ils ont beau se frotter la bite, les hommes
  ne se réveillent pas.
  on dirait qu'ils s'ennuient


  bientôt je ne me nourris de rien. je ne me nourris
  de plus rien
  - de la maigreur
  d'un contentin.
  je ne veux pas vivre autre chose, je ne veux pas vivre.
  rien ne s'oublie: tout disparaît

chignon nomade

mercredi 20 septembre 2017

en amoureuse éperdue, en fille qu'on écrase

  c'est quoi ta vie, ton mystère, ta dolor d'amor
  mille fois ressassée?
  je te suce par la bouche et toi tu r'craches
  l'os, métèque,
  d'un vide incommensurable


  je n'ai rien acheté, j'ai seulement préféré
  le jour qui passe, sachant que rien ne passe
  le bois ronflant l'aile trouée, le bas
  filé si c'est ça qui te rassure, si c'est ça qui 
  t'ennuie


  pourquoi tu m'habitues, pourquoi tu m'habitues
  à tout
  du bout de tes bas ressorts, au large de tes
  instincts gestatifs - à tes normes plaintives, à tes
  insurrections nues, de chair nue


  c'est juste pour pas couler, c'est juste
  la bulle au-dessus du noyé - j'ai du marcher dessus
  j'ai
  du marcher dessus mais c'est pas grave
  écraser l'ombre nue


  rien que le petit jour et ça crachouine, ça ne peut
  jouir que debout, enfoui
  sous son œil droit, le coude au rail gelé ça ne peut
  que s'enfoncer, où, vers un passé
  meilleur, vingt et un grammes d'irradiée...

mardi 19 septembre 2017

chien errant, meute hurlante

  c'est l'ombre de surcroît, je crois qu'on crève un peu
  d'avoir vécu, et c'est déjà le ciel, un genre
  de ciel écartant
  subséquemment
  ses cuisses boréales...


  j'avais ma petite nuit, j'avais
  ma petite nuit tranquille, la vidéo interne, les chiens
  tournoyant sur leur queue - un chien n'a pas suffi il eut fallu
  les dents de mordre
  à même le vide du sujet


  j'ai pas beau
  réciter mon poème alors que rien ne bouge, que le banc
  tangue un peu, j'ai pas beau
  rougir de plaisir quand y a pas de plaisir et que du plaisir ne reste et ne subsiste que
  la douleur amourante


  j'irai gerber - j'irai gerber oui sur ta jolie paillasse
  pas parce que j'aime pas ta paillasse non, ni ne t'aime toi d'ailleurs
  mais parce que justement
  justement rien
  à sa façon


  un soir avant la pluie
  un soir avant la pluie mais c'était rien, c'était juste
  ce soir-là qu'il pleuvait, comme il pleut tous les soirs à partir d'une
  certaine heure, vers certaines cités, ou sur de vastes plaines
  où on se dit que bon, allez, après tout on a l'habitude...

dimanche 17 septembre 2017

l'idée qu'un homme

  je m'inquiète. je m'inquiète
  de vous, grippée à ce miroir - je ne m'inquiète guère
  ni de rien: j'espère régner
  régner sur rien
  d'un azur profond


  je vous aime or c'est à midi
  que j'éjacule le plus vite
  somnole-somnolence, qui me prend de vertige
  - dieu vote à gauche, laissant
  le trône vide...


  tourmenté mais pas de trop, j'ai perdu l'habitude
  d'être, c'est comme la clope, je suis mort avant
  de vivre, j'écarte les bras: le vent
  oui, c'est con: le vent
  me chatouille


  changement de décor, de civilisatoire,
  de posture héro-X, je 
  soutiens le prolo prolifé-
  rant, le mystique insomniaque
  et l'alcool au volant


  à chaque jour sa peine, sa cascade éventée - le jour
  qui meurt est un jour
  qui meurt. à chaque jour son jour, sa claque
  dans le dos, à chaque jour son ombre
  à peine refermée

l'idée qu'un homme

vendredi 15 septembre 2017

marcel / ne rentre pas ce soir

  j'aime une femme mais ça
  tout l'monde peut l'faire:
  trafiquer ses alibis, redéployer
  l'extase, dire tu
  où n'est que Je
  - car je fus avant celle, avant même que
  chien ne jacasse...


  vie ne fut
  que bonheur sans suite
  sel fin, si fin que
  la mer passe au travers
  - et dans le creux
  des os cette musique
  unique, ce souffle maigre
  : ce naufrage amoureux


  du coup maintenant, quand je marche sur
  du verre brisé, j'enlève mes grolles je retire
  mes chaussettes - c'est la moindre
  des politesses après tout


  naissance et mort, les deux bouts que tente de joindre le coït
  l'orgasme universel sur la croix de l'agonie
  entre les deux le corps flottant, les jours de bruine
  : l'économie du souffle...


  nous sommes un peuple
  de culs de jatte, tétraplégiques et autres déconnectés
  cierges éteints, vierges clandestins, nous sommes un peuple
  dépeuplé


  on pleure les yeux les uns des autres, on n'a pas peur
  mais moi j'ai peur quand même, peur de
  casser l'assiette, de
  l'andropause mélancolique, ou encore des gens
  qui ne savent plus se ressembler, ni comment faire durer


  s'arrêter tous les cent pas, faire un pas tous les dix jours
  le chewing gum de vivre - et nos mères
  à l'arrêt du car quand le car
  ne passe plus...

mercredi 13 septembre 2017

lui qui fume clou sur clou

  réduire les connexions pour se recentrer sur la seule connexion nécessaire: la conscience d'être, là - point nomade se rêvant du
  haut de toute chute


  je suis sans soi je suis sans 
  neige - je fonds comme au début, je ne
  m'y reconnais pas, je n'y
  reconnais rien


  la nature aime le vide, s'aménageant le maximum d'heures creuses, où produire dans l'entre-deux de soi la
  marge d'un silence


  et je vis dans ces creux, la conscience boostée par la mémoire de la
  mort - je couche quelque part,
  jamais ne m'y endors...


  un seul grain de poussière déjoue les pronostics - le néant ne compte pas
  dans un sens ou dans l'autre je retourne mes poches - le néant
  ne compte pas


  avoir été et s'en souvenir font figure d'actes irresponsables
  n'étant déjà plus que le souvenir de moi-même, et me considérant quelque part déjà mort
  entre le néant et moi l'épaisseur d'une feuille à rouler de la conscience de soi, ce soi comme si ce soi comme ça
  : la bille du troisième œil


  tout parle extase, extase et ennui de l'extase
  l'herbe pousse et j'ai la frousse. rien ne fut jamais plus inno-
  cent que l'herbe pousse


  ressusciter chaque jour et sans savoir pourquoi; ressusciter pour rien, au même endroit au bout du
  même souffle, ricoché sans préavis - au même endroit ça vous chavire


  on marchera comme on voudra mais on marchera droit
  on marchera en crabe, on marchera arrière, on marchera comme on pourra et quand on pourra pas eh bien on rampera
  droit ou en crabe


lundi 11 septembre 2017

le cours du dé restant

  parfois qu'une terre, parfois qu'une terre et ça suffit
  les âmes blanches les croix de bois, boutons de nacre aux chemises
  écolières...


  on se trimbale comme ça, mains dans le rien, sexe forain - on trouve
  que les arbres ont poussé,
 que les trous
  sont creusés


  je me suis raté, je me suis raté d'un angle
  en plein rond la pierre tombée - je n'y fus pour rien: en plein rond
  la pierre s'est-elle jetée


  on raconte son âme, on raconte son âme et quelque part,
  c'est son âme qu'on perd, c'est comme le temps qu'on perd
  son bouton


  j'ai de moins en moins
  de mots, de raison, de mémoire: je me
  sans un bruit, tellement sans un bruit
  rapproche de toi


  mais ça suffit, tant j'ai les yeux heurtés
  de mes bains de minuit, j'accouche dans ta bouche j'accouche
  vibrant sans être, vivant de ce
  noème

samedi 9 septembre 2017

mange ton chignon

  pour un jour c'est mon fil à retordre - un jour blanc comme il faut, l'ouzo ivre d'un marbre par exemple
  j'en conviens
  tu me dis mais qu'est-ce que c'est que ça tu me dis mais qu'est-ce que tu fous là tu me dis mais non, tu ne me dis rien: tu me
  montres tes seins


  je ne prétends rien, tu sais que je ne prétends rien, à rien
  tu sais que j'ai vestibule, que j'ai tout comme il faut, où il faut, colmaté emmitouflé
  ma tombe. tu sais bien que le chant, qui s'élève plus il plonge, tu sais bien que le chant
  tarit


  je ne sortirai plus
  à la récréation,
  je n'éjaculerai plus
  à contre-le-courant
  - peut-être me suis-je, trompé
  de destinataire, peut-être me passai-
  je de tout intermédiaire, n'empêche que j'ai gagné
  une dent
  une dent sur ma racine


  si on a supprimé dieu c'est juste qu'il obstruait
  l'infini - car seule compte la vue, la vue qu'on a d'ici-bas
  sur tout le bas, de haut en bas vers le nulle part, et nos petits muscles gonflés, surgonflés
  d'air pur, d'air éminemment
  pur


  la petite mort elle s'égrène, surplombe la
  grande mort, celle en arrière plan, scène originelle et primitive, sang qu'il en pleut, froid, brûlant et gel - la grande mort méridienne, cardinale anthropo-
  phage la grande
  mort nous ravit
  le bonbon

mange ton chignon